Un moment de ma vie ne cesse de me hanter, ce samedi matin ou je me retrouve seule avec mon père. Ma soeur est au lycée et ma mère travaille. Je déteste ces jours où je dois passer du temps seule avec mon père. Et ce jour-là n'est pas comme les autres puisque son humeur l'a poussé à boire un verre puis deux puis d'autres encore.. Je parle en verres mais il s'agit plutôt de bouteille dans ces cas là. Comme toujours dans ces moments-là mon père aime mettre de la musique mais par malchance ce matin la télécommande ne fonctionne pas. Alors la colère l'emporte et la télécommande vole. Cette violence me fait mal au ventre et j'essaie de le calmer mais mon intervention n'a pour effet que d'amplifier son mécontentement et là mon père part dans la cuisine prends une pile d'assiette et la jette à terre. Je fonds en larmes et le sentiment qui m'envahit soudain n'est autre que la culpabilité. Pourquoi allez-vous me dire? Je n'en sais rien du tout mais c'est sûrement ce que ressentent au moins une fois dans leur vie les proches d'alcooliques. Ensuite il faut ramasser les morceaux et essayer de retrouver le sourire pour ne pas que ma mère ne souffre un peu plus. Seulement je ne sais pas faire semblant. Je suis si transparente que ma mère lit à travers moi comme à livre ouvert et c'est reparti pour un repas de famille très joyeux...(ironie pour ceux qui n'auraient pas compris). J'ai l'estomac compressé, je n'ai pas faim et ma seule envie c'est de partir loin, loin de cette maison de malheur. Chez les autres tout semble tellement plus tranquille de l'extérieur qu'on a envie de changer de parents. Je sais maintenant que chacun à son histoire et que la mienne est loin d'être tragique mais qu'est-ce qu'elle me fait souffrir...
Quand je repense à mon enfance les mauvais souvenirs se pressent et ne laissent aucune place à quelqu'instant de bonheur.
Je me réfugie dans ma chambre pour m'inventer un monde meilleur, un monde où un homme est bon, aimant, et ne laisse pas l'alcool diriger sa vie, un homme qui viendrait me sauver de ce qui me paraissait être l'enfer. Je m'isole tant et si bien que je ne m'ouvre pas au monde extérieur. Mes petites histoires me plaisent bien et il n'est pas question qu'on vienne me déranger en plein jeu car le retour à la réalité est cruel. Mon imagination débordante a cependant été stoppée nette quand j'ai enfin compris que mes jeux n'étaient que des rêves éveillés et alors l'espoir d'une vie meilleure s'est envolé..L'idéal n'existe pas. Je vis donc avec ce desespoir que personne ne perçoit autour de moi. Suis-je si invisible aux yeux de ma mère pour qu'elle ne voie pas mon désarroi ? Les coupures sur mes mains et mes bras me font passer pour folle alors qu'elles ne sont que la traduction de ma souffrance. Mais ma mère avait sûrement assez à faire avec son mal à elle qu'elle ne voyait pas le mien.
"Elle disait "j'ai déjà trop marché,
Mon cœur est déjà trop lourd de secrets,
Trop lourd de peines"
Elle disait "je ne continue plus,
Ce qui m'attend, je l'ai déjà vécu.
C'est plus la peine"
Elle disait que vivre était cruel
Elle ne croyait plus au soleil
Ni aux silences des églises
Même mes sourires lui faisaient peur
C'était l'hiver dans le fond de son cœur
Elle disait que vivre était cruel
Elle ne croyait plus au soleil
Ni aux silences des églises
Même mes sourires lui faisaient peur
C'était l'hiver dans le fond de son cœur
Le vent n'a jamais été plus froid
La pluie plus violente que ce soir-là
Le soir de ses vingt ans
Le soir où elle a éteint le feu
Derrière la façade de ses yeux"
F.C.